K’s Point de vue Octobre 2022

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Les résultats des élections législatives et un record de l’abstention ont confirmé le désaveu absolu du Président Macron chez les ultramarins. Le projet politique gouvernemental ne séduit décidément pas les Outre-mer dont une bonne partie de l’électorat a été tentée par le vote protestataire à destination de l’Extrême-gauche puis de l’Extrême-droite aux élections présidentielles avant d’accorder leur confiance aux partis d’opposition de la NUPES lors des législatives.

Un jugement des urnes sans appel…

Pour les députés se réclamant du parti gouvernemental, la sanction des urnes a été radicale. En Guyane comme en Martinique, les députés nouvellement élus siègent désormais dans les rangs de la NUPES.

En Guadeloupe

Justine Bénin, élue du MODEM récompensée par une nomination de Secrétaire d’Etat chargée de la Mer pour avoir accepté de rallier la majorité présidentielle et de porter à l’Assemblée nationale la proposition de la loi sur la gestion de l’eau en Guadeloupe, s’est pourtant fait battre au 2ème tour. Mais ne nous inquiétons pas outre-mesure car elle n’a sans doute pas tout perdu dans l’histoire puisqu’elle est citée parmi les candidats en lice pour prendre de la direction de l’entité qui fusionnera LADOM (L’Agence de mobilité d’Outre-Mer) avec la DIECFOMVI (Délégation Interministérielle à l’Egalité des Chances des Français d’Outre-Mer et à la Visibilité des Outre-Mer) … A contrario, Olivier Serva, qui avait été considéré comme un renégat pour avoir manifesté son incompréhension lorsque la majorité présidentielle avait refusé de soutenir le vote du plan ORSEC pour la Guadeloupe, a gagné sous l’étiquette de #GwadloupDouvan.

 

À la Réunion

C’est la NUPES qui triomphe tout comme dans le Pacifique où le constat est le même puisqu’à Tahiti, le pouvoir passe au parti indépendantiste polynésien (allié au GDR, le Groupement de la Gauche Démocrate et Républicaine), avec l’élection du plus jeune député jamais élu à l’Assemblée nationale, Tematai Le Gayic, devenu le benjamin des élus à seulement 21 ans. Aujourd’hui, le président de la Délégation aux Outre-mer est le Député de la 3ème circonscription de la Polynésie Française, Moetai Brotherson.

Seuls territoires conservés par la Droite et qui semblent résister à la vague contestataire : Saint Pierre-et-Miquelon et… Mayotte !

Malgré ce message clair envoyé par les électeurs au nouveau pouvoir en place, l’humiliation et le désintérêt continuent. Après l’éphémère et calamiteux passage au Ministère des Outre-mer de Yaël Braun-Pivet (démise de ses fonctions le 26 juin dernier mais promue au très convoité perchoir de l’Assemblée nationale), c’est au nouveau Ministre délégué chargé des Outre-mer, Jean-François Carenco, de s’atteler aux affaires en cours (la désastreuse et préoccupante situation des soignants laissés sans salaire depuis des mois, les questions d’accès à l’eau ou à l’énergie, le Chlordécone, etc…).

Gageons fort heureusement qu’il sera bien aidé dans sa tâche, puisqu’au vu des déclarations du Ministre de l’Intérieur lors de ses dernières visites en Guyane ou à Mayotte, on comprend vite que la gestion des Outre-mer est tranquillement mais sûrement en train de passer sous la coupe des services de Gérard Darmanin.

A l’insécurité croissante de certains territoires, le gouvernement répond restriction du droit du sol, enfermement d’enfants encadrés par des militaires ou armement de la police, semblant nous faire le coup d’« un fauteuil pour deux », et promet que sa main ne tremblera pas. On ne sait pas si la fermeté de M. Darmanin sera la même que celle qu’il a « appliqué » aux Corses… Dans tous les cas, le ton est donné et c’est apparemment une approche sécuritaire qui a été priorisée par l’Exécutif.

Ce choix illustre, une fois de plus, le manque de considération pour ces territoires que la France s’enorgueillit de posséder et qui lui rappellent la nostalgie d’une époque où son empire lui permettait de ne jamais voir le soleil se coucher et d’être la deuxième puissance mondiale.

Face à ce constat inquiétant pour la suite de ce quinquennat naissant, les Outre-mer ont d’ores et déjà commencé à s’organiser. Dans les différents territoires, de l’Atlantique à l’Océan indien, le terrain réinvestit le Politique. A l’instar de Serge Letchimy, député de Martinique devenu Président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale, de nombreux députés ont ainsi pris la tête de leur région, de leur département ou de leur collectivité. Ces élus, émanations directes des revendications locales, entendent bien faire entendre leur voix au niveau national dans la nouvelle assemblée qui vient de sortir des urnes. Reprenant l’idée initialement développée par Olivier Serva en 2017 de constituer un groupe parlementaire rassemblant les élus des Outre-mer dans le but de créer une force qui puisse peser dans l’échiquier politique, Serge Letchimy avait lancé à son tour un appel à l’union à l’occasion de la Conférence des régions ultrapériphériques européennes qui s’est tenue à Fort-de-France du 17 au 19 mai. Cette figure incontournable de la politique martiniquaise a tenté d’impulser une nouvelle dynamique dans les relations entre l’Hexagone et les Outre-mer tout en poursuivant l’infatigable combat pour l’égalité de droit et de traitement.

 

Cette initiative n’est pas restée lettre morte puisque, le 22 juin dernier, Olivier Serva a annoncé la création d’un groupe ultramarin à l’Assemblée nationale, baptisé « UTiles » (« Ultramarins, Territoires, Insularité et Liberté ») puis « LIOT » (« Libertés, Indépendance, Outre-mer et Territoires ») qui compte 20 élus issus de tous les territoires (depuis St Pierre-et-Miquelon jusqu’à Mayotte). S’inscrivant dans l’opposition propositionnelle, ce groupe se donne pour mission de rendre les Outre-mer plus visibles dans l’hémicycle et de faire remonter dans les débats les problématiques rencontrées par ses populations. Son influence est d’ailleurs grandissante puisque déjà 4 élus de l’Hexagone ont décidé d’en rejoindre les rangs et d’apporter leur voix et leur soutien : Jean-Louis Bricout (député de l’Aisne), Laurent Panifous (Ariège), Benjamin Saint-Huile (Nord) et David Taupiac (Gers). Le LIOT vient ainsi appuyer la Délégation aux Outre-mer présidée par le Polynésien indépendantiste Moetai Brotherson. Il semble donc que la route vers une union politique se soit ouverte et c’est une perspective particulièrement encourageante pour les populations des Outre-mer, leur représentation sur la scène politique nationale et leur visibilité citoyenne au sein de la société française hexagonale.

François Carenco, l’ancien préfet plutôt apprécié des élus ultramarins

Face à cette nouvelle et progressive coalition des forces décentralisatrices, il ne tient qu’au gouvernement d’honorer les engagements pris durant toutes ces années et non tenus. Une considération sincère ainsi qu’un respect de la parole donnée suffiraient sans doute à apaiser les tensions et à redonner un peu de confiance à une relation Hexagone-Outre-mer bien malmenée par les ambitions politiques nationales. La nomination de Jean-François Carenco, l’ancien préfet plutôt apprécié des élus ultramarins, pourrait être interprétée comme un signal annonçant la fin éventuelle du Ministère des Outre-mer et une nouvelle ère dans laquelle les Outre-mer seraient traités comme tous les autres territoires… ou serait-ce plutôt l’installation d’une nouvelle forme de répression ?

Elisabeth Moreno

Nathalie Yamb

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