Actrice, réalisatrice, performeuse et fondatrice de sa maison artistique H(OR)S N(OR)MES, K’RIN Rider fait de la création un espace de liberté et de transmission. Originaire de Guadeloupe, elle nous raconte son parcours, ses inspirations et son engagement à travers le cinéma, le théâtre et la performance.
1) Qui est K’RIN RIDER ?
Je m’appelle K’RIN RIDER. Je suis actrice, réalisatrice, performeuse, originaire de Guadeloupe.
Le cinéma a très vite fait partie de ma vie. Depuis mes 11 ans, je voulais faire des films, parce que j’avais ce besoin de raconter des histoires. Je pense qu’être née en Guadeloupe et être aussi créative que je le suis est une bénédiction, car tout sur cette île pousse à créer et à raconter ce qui est, ou ce qu’on imagine.
J’ai rencontré le théâtre au lycée, au lycée Carnot à Pointe-à-Pitre, en spécialité théâtre. Il est ensuite devenu mon allié : ensemble, nous avons vaincu ma timidité maladive, et je suis devenue cette actrice, cette performeuse qui porte des histoires et des textes dont le public a besoin. Je suis une humaine tellement épanouie quand je joue sur scène.
En 2018, j’ai tout quitté pour venir en France et devenir actrice. En 2023, je suis entrée en école de théâtre, l’EDT 91, où j’ai étudié pendant deux ans. Aujourd’hui, je suis diplômée.
Grâce à ma maison artistique H(OR)S N(OR)MES, je développe un travail à la croisée du cinéma, du théâtre et de la performance, avec une recherche autour de l’humain, des héritages, des blessures et de ce qui nous construit essentiellement dans la communauté noire.
2) Quel projet ou quelle œuvre représente le mieux votre univers artistique, et pourquoi ?
Délirium.
C’est le projet qui rassemble toutes les dimensions de mon parcours : l’écriture, la mise en scène, le cinéma, le théâtre et une approche très organique de la performance. À travers cette pièce, j’ai exploré des sujets qui me traversent profondément, comme la charge mentale, la charge raciale et la construction de soi en tant que femme noire.
Délirium a été un tournant parce que j’ai compris que je voulais créer des œuvres qui partent de l’intime pour toucher quelque chose d’universel. Ce projet a une importance particulière pour moi parce qu’il représente le moment où j’ai réellement pris ma place d’artiste. J’ai créé une œuvre qui venait d’une nécessité personnelle, mais qui a rencontré d’autres personnes parce qu’elle parlait finalement de choses communes : la pression, les injonctions, la recherche d’identité et le besoin de trouver sa propre voix.
C’est aussi ce qui m’a donné envie de continuer à créer mes propres espaces artistiques.
3) Quel regard portez-vous sur le cinéma antillais aujourd’hui ? Quelles sont, selon vous, ses forces et les évolutions nécessaires pour lui permettre de gagner en visibilité ?
Pour moi, le cinéma antillais est une richesse immense. Très jeune, des œuvres comme Nèg Mawon de Jean-Claude Barny m’ont montré qu’on pouvait raconter nos histoires avec notre propre langage, nos corps, nos paysages, nos sons et notre manière de voir le monde.
Je pense que notre force est justement dans notre singularité. Nous avons des récits, des imaginaires et des cultures qui méritent d’être d’avantage visibles. Le cinéma antillais a un potentiel énorme, mais il faut continuer à oser créer depuis ce que nous sommes, sans chercher à reproduire des modèles existants.
4) Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels les femmes noires sont encore confrontées dans les milieux artistiques et cinématographiques ?
Je pense que les choses évoluent, mais qu’il reste encore beaucoup à construire.
Pour moi, l’enjeu est d’oser prendre notre place sans chercher à nous adapter à des cases qui ne nous correspondent pas. Les femmes noires ont beaucoup à apporter au monde artistique. C’est pour cela que nous devons faire entendre nos voix.
Je fais partie de ces artistes qui veulent créer de nouveaux espaces et proposer d’autres représentations.
5) Quel conseil donneriez-vous à un·e jeune artiste qui souhaite se lancer dans le cinéma ou le théâtre ?
Se lancer, essayer, faire confiance à son instinct. Mais aussi comprendre que ce métier demande du temps, de la patience et beaucoup de travail. Il faut accepter les périodes de doute, les échecs et les critiques, sans perdre de vue pourquoi on a commencé.
Et surtout prendre soin de soi.
6) Quels films, livres ou œuvres recommanderiez-vous pour mieux comprendre votre univers et vos inspirations ?
Je recommanderais Nanny de Nikyatu Jusu. Ce film m’a marquée par sa manière de mêler le réel, le rêve et l’héritage ancestral. Il parle du sacrifice d’une mère qui cherche une vie meilleure pour son enfant, mais aussi des blessures que ces sacrifices peuvent laisser.
Je citerais également Freda de Gessica Généus, qui est un film profondément humain sur l’identité, les choix, les héritages et la réalité caribéenne. Ce sont deux œuvres qui montrent comment une histoire singulière peut toucher quelque chose d’universel.
Je citerais ces deux livres Ne suis-je pas une femme ? de bell hooks La Charge raciale : vertige d’un silence écrasant de Douce Dibondo.
7) Quels sont vos projets à venir et où peut-on suivre votre actualité ?
J’ai la merveilleuse chance de jouer prochainement dans Unda, le prochain court-métrage de Philypa Phoenix, où j’interprète Marianne, une oeuvre nécéssaire autour de l’accès à l’eau en Guadeloupe et du chlordécone.
Je poursuis aussi l’écriture d’une nouvelle pièce sur les traumatismes et les héritages.
En avril, j’ai réalisé deux épisodes pilotes de ma série Momentum, qui suit le parcours de Salomé Montrose, une jeune agente d’acteurs cherchant sa place dans un milieu qui ne l’attend pas.
Je trace mon chemin d’artiste hors normes, en portant haut mon héritage guadeloupéen pour que mon art rayonne sous une forme aussi nécessaire qu’inattendue.
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