Article - Hoki Aruko

Hoki Aruko : quand la culture guadeloupéenne rencontre le manga japonais

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« Alors pourquoi pas moi ? » C’est avec cette envie d’oser que se dessine le parcours de Hoki Aruko, déterminé à faire une place à la culture antillaise dans l’univers du manga.  Mais derrière cette ambition se cache aussi un défi de taille : se faire connaître et construire une communauté dans un milieu où les artistes antillais restent peu visibles. Malgré les obstacles, son message aux jeunes créateurs est clair : le chemin sera difficile, mais loin d’être impossible.

1) Qui est Hoki Aruko ?

Je me présente : Hoki Aruko, je suis d’origine guadeloupéenne de mes deux parents, mais je suis né en Hexagone. J’ai commencé à dessiner quand j’avais 8-9 ans. Avant cela, c’était un format qui ne m’intéressait pas. Ça m’est venu quand j’ai emménagé dans le 93 et que j’ai rencontré un groupe d’amis qui étaient aussi passionnés par les animés et les mangas, sauf que eux dessinaient leurs PROPRES personnages. J’ai direct accroché au délire et j’ai commencé à faire mes premières pages de BD quand j’étais au CM1, et je n’ai pas lâché depuis. Mon parcours scolaire, d’un côté, est très simple : je n’ai pas fait d’études d’art. J’ai eu mon brevet, mon bac et j’ai à peine fait une année de licence, puis direct l’édition et le travail.

 2)  D’où vient le pseudo « Hoki Aruko » ?

Hoki Aruko vient de HOKORI Arukoru, qui signifie en japonais « Alcool Fier ». J’ai raccourci HOKORI pour faire référence à un resto japonais où je mangeais souvent avec mon père, Hoki Sushi, et le premier personnage que j’ai créé s’appelait Hoki.

3) Quel a été le déclic qui vous a donné envie de devenir mangaka ? Comment avez-vous découvert la culture manga et la culture japonaise ?

J’ai voulu devenir mangaka au collège. À la base, je voulais être auteur de BD, mais je voulais comprendre ce que je faisais comme BD, car il y avait une grosse différence entre Les Légendaires, Spider-Man et Dragon Ball. Je me suis renseigné, j’ai testé tous les types d’art visuel narratif que je trouvais sur Internet et j’en ai déduit que je faisais du manga Shōnen Nekketsu, pour être précis, mdrrr.

J’ai découvert les mangas grâce à mon père, qui m’a partagé sa passion, transmise par le Club Dorothée. J’ai grandi avec ces références : Dragon Ball, Ranma 1/2, Le Collège fou, fou, fou, Nicky Larson, etc. Naruto et One Piece sont venus BIEN PLUS TARD dans ma vie, et ENCORE…

4) Comment conciliez-vous les codes du manga japonais avec votre propre univers culturel ? 

C’est un exercice assez simple, en vérité, pour moi. Je ne me pose simplement pas la question. Je me contente de faire ce que j’aime. Les codes du manga, je les ai bus depuis que je suis petit, je les ai remis en question quand je suis devenu grand et je trouve avoir trouvé un bon entre-deux pour l’instant. Les Japonais le font… alors pourquoi pas moi ?

Exemple : DemBoy

 5) Quels éléments de la culture antillaise aimeriez-vous faire davantage découvrir à travers vos mangas ?

Franchement ? Absolument TOUT. La musique, la nourriture, les plages, les rivières, les gens, l’histoire… Il n’y a rien qui ne mérite pas d’être mis plus en avant. Je vais toujours prendre le plus simple et le plus facile dans un premier temps, pour qu’il y ait toujours des bribes à droite à gauche et qu’on puisse toujours se dire : « Oh mais ?! C’est une réf aux Antilles, ça !? » (C’est littéralement de la propagande.)

6) Pourriez-vous nous parler de votre manga récent, Flamme ? Comment est né ce projet et que souhaitez-vous raconter à travers lui ?

Flamme est un manga que j’ai commencé en 2022. C’est un manga court qui me sert d’entraînement pour tenir un lecteur sur un tome entier, voire plusieurs. L’objectif était de faire mieux que mes one-shots précédents, de me trouver un rythme de travail ainsi qu’un style de narration. Flamme est vraiment dessiné de manière improvisée : je ne sais pas ce qu’il se passera dans le chapitre suivant à sa sortie. Il est né après avoir fini un one-shot de 40 pages que j’avais fait avec ma communauté sur Instagram. Je regardais Alice in Borderland sur Netflix et j’ai voulu avoir un personnage semblable dans mon œuvre. Et hop ! Ça s’est fait tout seul, haha.

Au premier chapitre de Flamme, j’avais pour ambition de prouver que l’on pouvait dessiner une bonne histoire sans l’écrire, seulement en l’improvisant sur le tas, à la même hauteur qu’un One Piece ou SNK. Je n’ai pas atteint leur niveau, mais l’effet souhaité à travers mes chapitres sur le public me satisfait. La mission sera accomplie à la fin !

…Donc, je n’ai pas grand-chose de précis que je veux raconter, mais des thématiques se sont dessinées toutes seules au fil des pages. Il faut bien ajouter de la profondeur aux personnages et, en faisant cela, des sujets, des messages et des morales apparaissent avec. Je suis assez fier de ce que transmet Flamme, n’empêche, avec le temps. Comme si mes personnages voulaient me dire : « Regarde, on n’est pas que des dessins, on a aussi un cœur. »

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 7) Quelle est la partie la plus difficile dans votre métier de mangaka, notamment en Guadeloupe ?

La partie la plus difficile, c’est de se faire connaître et de construire une commu. C’est un processus qui demande un mental qui n’a rien à voir avec celui de mangaka en tant que tel. Je ne vis pas en Guadeloupe, et Dieu merci, parce que le combat m’aurait été encore plus difficile, car c’est tout petit et le marché du manga là-bas est presque invisible, pour ne pas dire inexistant.

8)  Combien de temps vous faut-il généralement pour créer une planche ?

Tout dépend de la planche : je peux passer 40 minutes comme 5 heures sur une même planche, voire sur une MÊME case. Plus je progresse, plus paradoxalement, je deviens plus rapide en étant plus lent. Étant donné que je suis plus rapide sur les petits détails, eh bien, je compense en accentuant D’AUTRES détails qui me prennent plus de temps. Le secret de ma progression, je pense !

9) Que souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes artistes antillais qui souhaitent se lancer ?

Pour les jeunes artistes antillais, je dirais de faire un maximum de choses, de ne pas abandonner, d’aiguiser leurs crocs et leurs mines, parce que ça va être dur. TRÈS dur. Mais c’est LOIN d’être impossible.

10) Pour terminer, quel est votre manga préféré de tous les temps ?

Mon manga préféré, pour toujours et à jamais, c’est Dragon Ball. D’ailleurs, je vais le recommencer pour la énième fois, là !

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