À La Réunion, les murs peuvent devenir des espaces de revendication. Avec ses Nana Péi, KNL ne cherche pas seulement à peindre des femmes : elle veut rendre visibles celles que l’on voit encore trop peu dans l’espace public. Des femmes réunionnaises rondes, métissées, aux différentes teintes de peau, représentées libres, puissantes et fières de leurs corps.
Dans cette interview, KNL nous raconte la naissance des Nana Péi et le message féministe, antiraciste et anticolonial qui se trouve derrière ces silhouettes colorées :
1) Comment est née l’idée des « Nanas Péi » ?
La Nana Péi m’est venue en observant le graffiti à la Réunion : je trouvais la femme trop peu présente dans l’espace public en tant qu’artiste et en tant qu’élément représenté (et encore plus quand il s’agissait de femme ronde). “Nana” est un clin d’œil à Niki de Saint Phalle dont j’adore le travail. “Péi” parce qu’elle est réunionnaise.
2) Que représente pour vous une « Nana Péi » ?
La Nana Péi représente la femme réunionnaise invisibilisée (dans toute sa palette de couleur) : présente, forte dans ses combats, libre dans son corps et son esprit. Pour moi, c’est un symbole féministe anti-coloniale et anti-raciste.
3) Dans vos œuvres, vous donnez une place à des corps et des femmes encore trop peu représentés dans l’espace public. Pourquoi cette représentation est-elle si importante pour vous ?
Cette représentation est importante pour moi car elle me touche personnellement. Les femmes réunionnaises de ma famille ainsi que moi-même sommes des femmes rondes métissées de différentes teintes de peau. J’aurais aimé voir des femmes comme nous représentées lorsque j’étais petite et adolescente surtout.
4) Le corps féminin est au cœur de nombreuses injonctions, de regards et de jugements. Quel rapport au corps souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres ?
Exactement ! Je n’en peux plus des jugements sur le corps des femmes. C’est obsédant, dangereux, dégradant. En peignant les Nanas Péi rondes, je veux que les femmes se voient à travers elles. Je veux qu’elles soient fières d’être elle-mêmes, qu’elles se voient puissantes, libres et magnifiques. Des femmes rondes se prennent en photo à côté des graffs, c’est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire.
5) Votre travail est aussi profondément féministe et aborde notamment le harcèlement de rue. Pourquoi avez-vous choisi l’art comme moyen de porter ces messages ?
L’art parle au subconscient. Il parle à tout le monde, même si son discours dépendra au final de l’œil qui le regarde. Il est impactant sur le coup et reste quelque part en tête sur la longueur. Il attire la curiosité.
6) À La Réunion, le harcèlement dans les espaces publics reste une réalité importante. Est-ce que le contexte réunionnais influence votre démarche et les messages que vous choisissez de faire passer ?
Totalement. Le contexte réunionnais est la raison pour laquelle je fais ça.
7) Comment les Réunionnais et Réunionnaises réagissent-ils à vos œuvres ?
Lorsque je peins, les gens se questionnent, sont amusés, surpris. Les Réunionnaises y sont très sensibles. Mais c’est également une histoire de génération j’ai l’impression : certain.es réunionnais.es âgé.es m’ont déjà dit que la Nana Péi était “trop grosse” “trop dénudée” ou la qualifiait de “baleine.” Et c’est lorsqu’ils me disent ça que j’ai envie de continuer.
8) Votre Proverbe réunionais préféré
« Ti ash i koup gro bwa » : Une petite hache peut couper une grosse bruche
